6èmes rencontres François Rabelais – I.E.H.C.A. (Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’alimentation), Tours / 19-20 novembre 2010

Thématique « Cuisine: santé ou plaisir, faut-il choisir? »

Interventions de Guy CARO

Après la table ronde « Cuisine et santé: toute une histoire » / Modérateur: Pascal ORY

  • Excusez-moi. Ceci n’est pas un pavé dans la mare. Juste un petit caillou dans la chaussure des médecins de la Santé Publique, responsables du Programme Nutrition Santé – P.N.N.S.
  • Depuis un an, je travaille sur « Le Breizh – Paradox »: la Bretagne, région de consommation de cochon, de beurre salé, de gâteaux sucrés, salés, beurrés, est l’une des trois régions françaises les moins touchées par l’obésité, avec les régions PACA et Rhônes-Alpes. A partir de là, une question peut être posée: est-ce judicieux pour prévenir l’obésité en Bretagne, de diffuser vers l’ensemble de la population des recommandations nationales du type « Mangez moins de sel, de sucre, de gras » qui peuvent être valables seulement pour soigner des personnes souffrant, ou à risques, de certaines pathologies?
  • Attention aux effets pervers du P.N.N.S., en particulier au discours et à l’idéologie dominants du lobby de Santé Publique. discours empreints de confusions: confusions entre malades et bien portants, entre prévention et traitement, à l’instar du Docteur Knock, pour lequel « Tout bien portant est un malade qui s’ignore ».

Conclusion:

  • Il y a du pain sur la planche pour les cuisiniers associés au P.N.N.S.
  • Leur présence peut être précieuse pour mettre du liant dans la sauce préventive, à condition de ne pas se laisser transformer en auxiliaires médicaux des nouveaux Knock de la Santé Publique.

Après la table ronde « La dictature du nutritionisme ou du nutritionellement correct » / Modérateur: Julia CSERGO

Sous mon chapeau, il y a plusieurs casquettes. Maintenant, c’est la casquette médecin, enseignant-chercheur, recherche appliquée sur « manières de boire et alcoolisme, pédagogie de prévention des problèmes d’alcool ».

  • Connaissez-vous le dicton français: « N’écoute pas ton médecin, comme lui, fume la pipe et bois du vin »?
  • En 2009, l’I.N.C. – Institut National du Cancer, préconise, dans les médias, à propos de l’alcool, dont, pour l’I.N.C., le vin: « En prévention, pas d’alcool ». Intéressant et révélateur. et surréaliste d’entendre et lire ça ici, dans la région de François Rabelais, dans l’Université qui porte son nom. Rabelais aurait bien rigolé et nous aurait bien fait rigoler avec ça! La dictature, c’est une forme grave d’abus de pouvoir. Révélateur de quoi? de l’erreur du postulat « médecin = scientifique ». Les cancérologues sont qualifiés et compétents pour le diagnostic et le traitement des cancers, c’est-à-dire en cancérologie. Pourtant, ils ne le sont pas en alcoologie, notamment en prévention de l’alcoolisme et des problèmes d’alcool; un champ caractérisé par une complexité bio-psycho-historico-ethno-socio-politique; et dont la connaissance, de ce fait, ne peut être qu’interdisciplinaire. En 2009, nous avons été plusieurs à dénoncer l’abus de pouvoir de l’I.N.C. qui a été ensuite désavoué au plus haut niveau, sur ce plan précis.

– Après la table ronde « Comment aborder l’éducation alimentaire des jeunes ? » /Modérateur: Dominique-Adèle CASSUTO

Ma question est pour Dominique-Adèle CASSUTO. Pour une alliance de savoir-boire et du savoir-manger. A partir d’un travail durable avec des adolescents entre 1984 et 2010.

Au constat de relatif échec des politiques de prévention des problèmes d’alcool parmi les jeunes s’ajoute un autre constat: des préoccupations grandissantes concernent les troubles alimentaires tels que l’obésité parmi les jeunes. Sur ces questions, l’incohérence, la cacophonie peuvent être observées dans l’ensemble des discours et pratiques. Comment recoudre, mettre du lien, du sens et de la cohérence dans tout ça ?

A partir de ce double constat, l’hypothèse suivante mérite réflexion. des améliorations peuvent-elles résulter d’innovations pédagogiques associant en cohérence des pédagogies en général séparées: une pédagogie du savoir-boire et du savoir-manger et une pédagogie de réduction des risques de problèmes d’alcool et des risques de troubles alimentaires. Ou encore, cheminer des problèmes d’alcool vers l’oenologie, de la « malbouffe » vers la gastronomie » ? Apprendre à boire, apprendre à manger. Qu’en pensez-vous ?

– Après la table ronde « French Paradox: Qu’en est-il vraiment ? » /Modérateur: Jean-Jacques BOUTAUD

Vu de Chine, le French Paradox

Vu de Chine, où sa promotion par les autorités gouvernementales, pour des raisons de santé publique, est une réalité depuis 1996, le traitement du French Paradox par les autorités gouvernementales en France depuis la loi Evin contre l’alcoolisme, promulguée en janvier 1991, apparaît comme une bizarrerie, une aberration et… un paradoxe.

Le French Paradox a été diffusé aux USA à partir de 1991. Il est défini avec concision à partir d’un constat: parmi les pays occidentaux industrialisés, la France, pays de « bons vivants », buveurs de vin et mangeurs de vrais repas de viande, ou poisson, avec des légumes ou des fruits, a le plus faible taux de mortalité par maladies cardio-vasculaires.

La loi Evin s’inscrit dans la longue histoire du discours hygiéniste en France et plus largement du puritanisme occidental. Revenons à la genèse de la loi dans les années 1987 – 1989 et surtout dans le vif débat qui a divisé la société française, médicale et politique, durant l’année 1990. Souvenons-nous, les 5 professeurs de Santé Publique, concepteurs et promoteurs de la loi, ont été qualifiés de « chevaliers blancs de la Santé Publique » par leurs partisans et d' »ayatollahs » par leurs adversaires.

Revenons à l’étude des discours, représentations et pratiques. Dans ce domaine, l’utilisation des statistiques et la fabrique des chiffres (exemple: « pas plus de deux verres de vin par jour ») ne résultent pas d’une démarche scientifique mais d’une démarche idéologique. Idéologie inspirée par la triple alliance (une « sainte » alliance des puritains français pourrait-on dire avec humour), entre le manichéisme moralisateur, l’intégrisme abstinent et le cléricalisme médical. Un cléricalisme médical, utilisé par le lobby français de santé publique, s’autoproclamant scientifique, au mépris de la nécessaire approche pluridisciplinaire (transdisciplinaire dit Edgar Morin, le sociologue, l’anthropologue de la complexité), c’est-à-dire bio-psycho-historico-ethno-socio-politique, des manières de boire et de l’alcoolisme.

Malgré les multiples études qui, depuis 1991, ont confirmé et précisé le French Paradix, le discours puritain va, dans la bouche et sous la plume de médecins de santé publique, jusqu’à la dénégation: « Le French Paradox n’existe pas » déclarent-ils.

Vus de chine, ces discours pseudo-scientifiques qui rompent avec la convivialisté française, avec la culture française, avec lse traditions françaises, avec la civilisation française du savoir-boire et du savoir-manger, apparaissent étonnants.

La France aura-t-elle un jour la capacité de tourner sereinement cette page peu glorieuse de son histoire et, comme les USA, le Japon ou la Chine… de promouvoir, sans honte, sans hypocrisie, sans complexe, le French Paradox ?

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